Qui a le droit de vous injecter au Québec
La toxine botulinique et les agents de comblement sont des traitements médicaux, pas des soins de beauté. Ce que le Collège des médecins exige réellement : une évaluation en personne, une ordonnance individuelle et un médecin sur place.
Écrit par Dr. Andrew Gyopar · Chirurgien général, directeur médical

Faits saillants
- Les injections esthétiques exigent une évaluation médicale par un médecin avant même qu'un plan de traitement existe.
- Cette évaluation doit avoir lieu en personne : la télémédecine ne répond pas à l'exigence.
- Une infirmière peut injecter sur ordonnance individuelle du médecin qui vous a examiné, avec un médecin disponible sur place.
- Les ordonnances collectives pour des injections esthétiques ne sont plus permises au Québec.
« Exercer dans le domaine de la médecine esthétique, c'est d'abord et avant tout exercer la médecine. » La phrase est du Collège des médecins du Québec, tirée de son guide d'exercice de 2020, et c'est la partie que la publicité sur les injectables laisse habituellement de côté. La toxine botulinique et les agents de comblement ne sont pas des soins de beauté qui comportent une aiguille. Ce sont des traitements médicaux, et le Québec encadre qui peut les planifier, qui peut les administrer, et où.
L'évaluation vient avant le produit
La position du Collège est que tout patient qui souhaite recevoir des injections à des fins esthétiques doit d'abord faire l'objet d'une évaluation médicale, afin que le médecin établisse un plan de traitement individualisé. Pas une discussion sur le forfait à choisir : un examen qui mène à un diagnostic et à un plan. Le guide est explicite — le médecin ne doit pas rédiger d'ordonnance de traitement de médecine esthétique sans avoir franchi ces étapes avec rigueur et compétence.
Et elle doit se faire en personne
C'est l'exigence qui surprend le plus. Le Collège précise que le médecin doit évaluer le patient en personne, et qu'une évaluation à distance, par voie de télémédecine, ne répond pas aux exigences d'une pratique adéquate et sécuritaire pour ce type d'exercice. Un formulaire, une photo et un appel vidéo ne constituent pas une évaluation.
Qui peut tenir la seringue
Deux arrangements sont permis. Le traitement peut être réalisé par le médecin qui a procédé à l'évaluation. Ou il peut être réalisé par une infirmière ou une infirmière auxiliaire qui exécute une ordonnance individuelle délivrée par ce même médecin.
Le second arrangement s'accompagne de conditions, et il vaut la peine de les connaître comme patient. Le traitement doit avoir lieu dans un environnement répondant aux exigences réglementaires applicables aux milieux de soins extrahospitaliers. Un médecin doit être accessible et disponible sur place pour prendre en charge une réaction adverse, le cas échéant. Et l'infirmière ne peut modifier le contenu de l'ordonnance sans qu'une nouvelle évaluation du patient soit faite par le médecin.
L'ordonnance collective n'existe plus
Il existait un contournement. Un médecin signait une ordonnance collective, et des injections étaient administrées sous son couvert à des personnes qu'il n'avait jamais examinées. Le Collège a mis fin à cette pratique : les médecins ne sont plus autorisés à délivrer une ordonnance collective ayant pour objet la réalisation d'injections à des fins esthétiques, ni à permettre l'exécution d'une telle ordonnance délivrée auparavant. Si un endroit vous propose de vous injecter sur la base de l'ordonnance d'un médecin que vous ne rencontrerez jamais, c'est exactement l'arrangement qui a été abandonné.
Où cela peut se faire
Le guide donne son propre exemple, et il est direct : une consultation médicale ainsi que les traitements qui en découlent ne peuvent pas se faire dans un salon de coiffure ou d'esthétique, au milieu des clientes et des coiffeuses ou des esthéticiennes. Le lieu doit répondre aux normes applicables à l'exercice de la médecine — la tenue du cabinet, l'asepsie et la prévention des infections, la constitution d'un dossier médical, et la confidentialité de ce que vous confiez au médecin.
Le produit dans la seringue
Ces règles encadrent l'acte. Santé Canada encadre la fiole. Un médicament injectable autorisé porte un numéro d'identification du médicament (DIN) à huit chiffres ; un produit qui n'en a pas n'a pas été évalué quant à son innocuité, à son efficacité ni à sa qualité. Santé Canada a saisi à répétition des injectables non autorisés et contrefaits dans des spas et des salons, et sa formulation sur les conséquences n'est pas adoucie : les risques associés à l'injection d'un produit de toxine botulinique de type A non autorisé vont d'une paralysie locale légère jusqu'au décès.
Quatre questions, où que vous alliez
Rien de tout cela ne vous demande de lire un guide d'exercice avant de prendre rendez-vous. Quatre questions suffisent. Qui va m'examiner, et cette personne est-elle médecin ? Cet examen aura-t-il lieu en personne ? Qui fera l'injection, et s'il ne s'agit pas du médecin, y a-t-il un médecin sur place ? Et quel produit sera utilisé ?
Une clinique que ces questions embarrassent vient de vous répondre. Si c'est le détail des traitements qui vous intéresse plutôt que les règles qui les entourent, les pages sur les neuromodulateurs et les agents de comblement expliquent ce que chacun fait, et ne fait pas.
Sources
- La médecine esthétique — Guide d'exercice (août 2020) · Collège des médecins du Québec
- Cosmetic injections · Health Canada
- Unauthorized injectable health products sold online and seized from a beauty and wellness lounge may pose serious health risks (August 2026) · Health Canada — Recalls and safety alerts


